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Des élus et des universitaires demandent l’interdiction de tous les sports mécaniques en France

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Un comité d’élus et d’universitaires souhaite l’interdiction de tous les sports mécaniques en France. Ils s’en expliquent dans une tribune publiée sur le site Mediapart et avancent des arguments pour le moins fallacieux. En vrac, la course auto serait un sport de riches, de dopés et même de néonazis. Va t-on vers un drapeau rouge définitif pour les sports mécaniques en France ?

On peut, légitimement, détester les sports mécaniques. Nul n’est obligé de se pâmer devant les exploits de Sebastian Vettel un dimanche sur deux et personne n’est forcé d’admirer le retour de Sébastien Loeb dès ce jeudi au Tour de Corse. On peut rester de marbre devant des mécaniques taillées pour grignoter des centièmes de seconde et ne pas succomber devant ce drôle de jeu dont le but ultime consiste à rester sur la piste et franchir une ligne d’arrivée avant les copains.

Mais certains poussent le bouchon de leur dégoût beaucoup plus loin. Ainsi est né le Comité national pour l’interdiction des sports mécaniques. On se pince et on relit pour en être sûr : il s’agit bel et bien de bannir de France toute course dans laquelle un être humain est transporté le plus vite possible par un engin à deux ou quatre roues propulsé par un moteur, fût-il électrique. Le comité en question, composé notamment d’élus verts et insoumis, ainsi que de deux sociologues, s’est fendu d’une tribune sur le site Mediapart, qui précise que le texte est diffusé dans un espace de libre expression et que ses contenus n’engagent pas la rédaction. L’un des signataires vient même de publier un livre sobrement intitulé Les Sports mécaniques, une arme de destruction massive. Rien de moins.

Un sport d’extrême droite

Du coup, on se dit qu’il se trame des trucs hypergraves sur les circuits, les petites routes fermées des spéciales de rallyes ou les lacets des courses de côtes. Que les teams s’en prennent à la sûreté de l’État, ou pire : qu’ils fomentent des suicides collectifs après avoir envoûté leurs adeptes. Rien de tout cela. En fait, le collectif des pourfendeurs de la chose roulante a quelques arguments assez curieux pour justifier sa cause. « Le petit monde de la F1 ne roule pas seulement à droite depuis un siècle mais souvent à l’extrême droite ». Zut, les paddocks regorgent de fachos. Et dire que ces derniers n’ont même pas remarqué que leur quadruple champion du monde du moment, Lewis Hamilton, était noir.

Pour étayer quelque peu leur accusation extrême-droitiste, les signataires ont fouillé dans l’histoire de la F1. Et de ressortir des cartons Paul de Metternich, premier président de la FIA et membre d’une division nazie franquiste. Une exception ? Mais non, puisque Jean-Marie Ballestre, feu président de la FFSA, a fricoté avec la Waffen SS. Sans parler du patron actuel de la Fédération Internationale, Jean Todt. Comment ? Lui aussi a frayé du côté obscur ? Évidemment, « il se veut l’ennemi des 35 heures » écrivent nos pourfendeurs des sports motorisés. C’est forcément le signe d’un glissement progressif vers les chemises brunes. Autant de dérives qui justifieraient donc l’interdiction de ces foutus sports.

À Caradisiac, comme on ne demande qu’à rendre service, on suggère aux signataires de ce texte d’élargir leur combat en boycottant la SNCFHugo Boss et BMW qui ont eu des comportements pour le moins discutables pendant la deuxième guerre mondiale. Hop à la trappe.

Un sport de riches

Mais l’appel à l’interdiction ne se limite pas à des accusations politiques. « Les sports mécaniques ont été, sont et resteront toujours un sport de riches » proclament les signataires de l’appel. Ocon Esteban, fils de mécano et pilote de F1, doit apprécier le compliment.

Mais les empêcheurs de rouler vite ont appelé à la barre un témoin à charge lors de leur procès en richesse : Pierre de Coubertin. Ce dernier, qu’ils qualifient pourtant au passage de « colonialiste, raciste et sexiste », refusa d’en faire une discipline olympique, « car il y voyait une indécence morale face à la pauvreté et surtout une provocation à la révolution. » Le cher baron se retournerait dans sa tombe s’il voyait aujourd’hui passer le contrat de 200 millions d’euros de Neymar au PSG. Mais oui, au fait, il conviendrait aussi d’interdire le football, ce sport de riches.

Un sport de dopés

Sport de riches et de nazillons, la F1 et les autres disciplines sont aussi le théâtre du « dopage notamment psychique nécessaire et de l’esprit de concurrence. » Mon Dieu, comment peut-on tolérer un sport ou certains participants prennent des produits prohibés ? Heureusement que le cyclisme est interdit depuis belle lurette. Et l’esprit de concurrence, ce mal absolu ? Heureusement que les échecs, ce sport cérébral autant que guerrier, est désormais banni.

Un sport pollueur

On se moque, mais l’appel à l’interdiction se base aussi sur quelques bons vieux arguments solides comme la pollution sonore et la pollution tout court. Mais curieusement, les signataires pourfendent également la Formule E (électrique) accusée « de polluer un peu moins pour pouvoir polluer plus longtemps ». Et d’ajouter que « les voitures électriques et automatiques sont les derniers grands mythes avant la catastrophe. » On avoue être quelque peu interloqué à la lecture de cette dernière phrase. Et l’on se promet de jeter un œil plus méfiant au levier de notre boîte auto.

Un sport interdit en Suisse ?

D’aucuns traiteront donc de fantaisistes les quelques raisons alignées par le Comité pour justifier son envie pressante d’en finir avec les courses autos. Et peut-être est-ce la raison pour laquelle il a cru bon de signaler qu’il n’est pas seul au monde et que plusieurs pays, dont la Suisse, ont déjà procédé ainsi. Sauf qu’une fois encore, l’argument s’effondre. Les insurgés contre la chose roulante n’ont fait que consulter une fiche Wikipédia fort incomplète, sans même s’enquérir plus avant de la véracité des faits avancés. Car si la Suisse interdit bel et bien la construction de circuits (hormis ceux qui sont destinés au karting), elle autorise sans problème les rallyes et autres courses de côtes. Et la nation aux quatre cantons en regorge. Comme quoi, la détestation ne saurait jamais suffire à justifier une interdiction si elle n’est pas étayée de quelques motifs sérieux. Du moins dans un pays de droit.

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