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Laser du lundi : Le 19 avril ne reproduira pas « le 23 juin » ; on ne prend pas la Bastille tout le temps et chaque soir n’est pas le « Grand Soir » (Par Babacar Justin Ndiaye)

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Le 19 avril 2018 accouchera-t-il d’un big-bang politique aux conséquences aussi ébranlantes que celles engendrées par le sens dessus-dessous du 23 juin 2011 ? Je ne sais pas et je ne crois pas. Car, l’Histoire ne se répète pas. Elle bégaie laborieusement, à l’image de tout bégaiement. Le vote du projet de loi instituant le parrainage provoquera-t-il un vent faible ou un ouragan de type Irma ? Une brise de mer ou un typhon des Caraïbes ? Je ne prédis pas, je dissèque. Un avis de tempête politique ne débouche pas toujours sur une tempête dans la cité. La météo politique se distingue de la météo climatologique. Bref, le surgissement de l’événement est moins intéressant moins que son sens et sa substance. Toutefois, la mère des erreurs consisterait – chez les tenants du pouvoir – à envisager un calme de monastère, au lendemain d’un passage en force opéré par des députés-godillots.

Puisqu’il s’agit d’un projet de loi, scrutons en priorité, la posture du Président de la république, Macky Sall ! Ses derniers faits et gestes sont éloquents, à bien des égards. Le chef de l’Etat a reçu une composante assez représentative de la Société civile, par l’entremise et en présence, de Moustapha Niasse. C’est le signe d’une volonté d’écoute. C’est également – la participation du patron de l’AFP en est l’illustration – la preuve que la coalition BBY ne renvoie pas (sur la question du parrainage) l’image d’un bloc totalement monolithique. Ce qui est démocratiquement valorisant. Au vu de ces deux signes, la perspective de détente ou de dégel n’est donc pas illusoire, dans les soixante-douze heures à venir. La détente n’étant pas automatiquement un retrait du projet de loi, mais une intensification saine et salutaire du dialogue qui implique une pause dans le bras de fer et son corollaire, à savoir un réajustement du calendrier de travail des députés appelés à voter.

Un dégel possible, nonobstant le discours enflammé du ministre et militant Mame Mbaye Niang. Je veux croire que ses phrases de feu entrent bien dans une division classique du travail politique, au sein du camp présidentiel. L’artilleur Mame Mbaye Niang galvanise la troupe apériste par des saillies verbales, en tirant une bordée d’obus en direction de l’opposition et des « empêcheurs de parrainer en rond » que sont les increvables animateurs de Y EN A MARE ; puis le Patron Macky Sall ordonne le cessez-le-feu ou le cessez-la-tension, et relance les discussions tous azimuts. Dans tous les cas de figure, l’image de la tige de bambou (flexible et incassable) convient mieux au Président Macky Sall, dans le présent et pesant contexte où il est pris en sandwich entre le brasier social et la fournaise politique. La politique n’est-elle pas un cheminement entre les grands principes et les petits arrangements ?

Justement, le principe de base du parrainage n’est pas refoulé. Bien au contraire. Le filtre et l’assainissement du foutoir démocratique (300 partis) sont de prime abord admis et soutenus par beaucoup de Sénégalais. Les radio-trottoirs récemment diffusés révèlent une majorité de « oui, mais… ». Un oui flanqué d’un mais n’est pas synonyme de non. En fait, de nombreux citoyens – parmi lesquels figurent des opposants, des militants de BBY et de l’APR – placent le curseur de la réticence sur les modalités chargées de difficultés. Par ailleurs, le discours musclé du pouvoir et les diatribes (vives attaques contre Abdoulaye Bathily et Mansour Sy Djamil, deux co-artisans, parmi d’autres, de la victoire de Macky Sall, en 2012) sont dépourvus de mesure, de sens et de lucidité.  Après tout, ce sont tous les Sénégalais qui sont coupables de cet infantilisme politique et démocratique (300 partis) qui, aujourd’hui, plombe l’organisation des élections et bouche le processus électoral. Avec 300 partis, le Sénégal caricature sa démocratie et, par conséquent, les Sénégalais reçoivent sur la figure, les retours de flammes ou les contrecoups de leurs propres turpitudes ou de leurs « thiakhaneries » comme dirait Senghor. Tout le monde a fauté, tout le monde doit payer. D’où l’indispensable et minimal consensus autour du parrainage.

Inutile de revenir sur le quintal de casse-têtes et la tonne de coups fourrés qui seront redoutablement nichés dans la mise en œuvre du parrainage, si tous les protagonistes (magistrature, majorité et opposition) ne sont pas visités par une égale ferveur démocratique. Ces écueils et ces cercueils du parrainage sont déjà recensés dans les débats et les controverses en cours dans les médias. Il s’y ajoute que – d’après les chiffres de l’ANSD – la région de Kédougou concentre 1,0 % de la population du Sénégal. Des chiffres de 2015 qui concernent la région la plus périphérique et démographiquement la plus vide du pays. Et, aussi, la plus tourmentée au plan du relief, avec ses montagnes (les dantesques contreforts du Fouta Djallon), ses cuvettes et ses vallées rocailleuses difficilement praticables en voiture. On mesure l’effort herculéen, la logistique coûteuse et le faible nombre d’habitants auxquels les candidats (hormis le Président sortant et le fils du terroir Moustapha Guirassy) seront confrontés, pour récolter les signatures dans des bourgades rurales et reculées comme Dalafing (le long de la Falémé), Ethiolo, (village bassari haut perché) et Dindéfélo, en bordure du territoire guinéen.

La bataille du parrainage offre une alarmante mais fortifiante occasion de tirer deux précieuses leçons. La première porte sur les ressorts mal lubrifiés d’une démocratie excessivement éprouvée par les initiatives intempestives d’une gouvernance, à la hussarde, dans le domaine institutionnel. En effet, écrire, sans répit, des paragraphes de nature à remanier subrepticement la Constitution et insérer, sans arrêt, des concepts-barrages (nationalité à géométrie variable et statut en fusion de l’électeur et de l’éligible) dans des projets de lois de portée manifestement plus particulière que générale, promènent le Sénégal à proximité du précipice. Tout se passe comme si l’horizon et la perspective du Sénégal sont exclusivement constitutionnels. Voilà une schizophrénie juridique qui fatigue le pays. Il urge de la soigner. Le second enseignement est relatif aux mœurs politiques qui ont également besoin d’une grande cure de dérouillement. Visiblement, une muraille (sorte de Ligne Maginot voire de Kilimandjaro) sépare l’opposition du pouvoir. Or, en politique, si le fossé entre les acteurs n’est pas comblé par des pelletées de civilités, il sera inexorablement rempli de torrents de haines.

La patrie de Léopold Sédar qui a acquis son indépendance par le dialogue, consolidé ses institutions, pendant un demi-siècle, par la concertation et – enviable et remarquable prouesse en Afrique – enregistré trois changements à la tête de l’Etat (1980, 2000 et 2012) en douceur, ne va certainement pas se fracasser sur un projet de loi qui n’est pas plus vital que le destin de ses habitants distribués entre deux générations : la présente la future. La sublimation du dialogue politique et le parallèle des programmes électoraux coiffent la soif du deuxième mandat et celle de tous les mandats, en cours comme ceux à venir pour Monsieur X ou pour Monsieur Y. Les vertus du dialogue sont légion. D’abord, le dialogue est, en lui-même, une renonciation à l’agressivité. En outre, le dialogue est une des armes les plus puissantes. Plus puissante que la Police et la Gendarmerie qui rétablissent l’ordre. Le Président Macky Sall doit écouter les exhortations porteuses de paix et de quiétude du Médiateur de la république. Maitre Alioune Badara Cissé est un compagnon des années de braises et non des années de biscuits ; un compagnon des origines et non un compagnon des dorures et des honneurs.

dakaractu.com

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