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Laser du lundi : Le procès de Khalifa Sall, l’extension du parrainage et l’arrestation de Barthélémy Dias sécrètent le syndrome Al Sissi (Par Babacar Justin Ndiaye)

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L’ordre alphabétique désigne Barthélémy Dias qui, après les gendarmes, sera en tête-à-tête avec les magistrats qu’il abhorre. Dommage que Le Maire de Mermoz reste un homme politique plus courageux (grande vertu) que cultivé : suprême qualité. Si Barthélémy avait fait ses armes dans la pensée politique, avant de tenir le haut du pavé ou de débouler sur les plateaux de télévision, il aurait retenu la leçon du poète et communiste Louis Aragon : « Il y a l’art et la manière de dire merde, même à un Pape ». Membre du PCF de la glorieuse époque – aux côtés de Maurice Thorez, de Jacques Duclos et autre Roger Garaudy – Louis Aragon était un polémiste redouté mais avisé et cultivé. Sa leçon sur l’art et la manière de tout critiquer, y compris la Papauté, reste un parfait vade-mecum pour tout acteur politique qui s’implique dans les débats vifs. En effet, celui qui peut intelligemment dire merde à un Souverain, doit être en mesure de dézinguer la magistrature, sans aller jusqu’en bordure des ordures ou aux confins des insanités.

S’agissant du parrainage élargi (sans discriminations ni restrictions) à tous les candidats, que faut-il ajouter aux arguments variés, pertinents et percutants ? Des critiques qui ont porté ; au point que le gouvernement a admis deux nécessités que voici : celle de créer une commission de validation et, surtout, celle d’offrir la possibilité de recours pour toute candidature écartée par le Conseil Constitutionnel. Autrement dit, les « 7 Sages » n’ont plus le monopole de la validation des candidatures bien ou mal parrainées. Bonjour les retouches et les rattrapages en vue d’une version améliorée et acceptable ! Du reste, le parrainage n’est pas mauvais dans l’absolu. Personne n’est réfractaire à la rationalisation de la vie politique, notamment des processus électoraux. La hantise renvoie aux effets pervers qui sont presque consubstantiels au parrainage, dans le contexte sénégalais. Si l’on part du postulat que le parrainage est un test probant d’ancrage national et de légitimité populaire, pourquoi peser à nouveau, des leaders de Partis qui ont obtenu des sièges à l’Assemblée puis contrôlé des municipalités, à l’issue des législatives et des locales du 31 juillet dernier, c’est-à-dire à moins de douze mois du scrutin présidentiel ? Au demeurant, le surgissement électoralement fulgurant du PUR (ses 3 députés et son bon classement dans les suffrages) administre la preuve que l’idéal escompté de la rationalisation – par le parrainage généralisé – est à chercher avec la prudence que requièrent l’inexactitude de la science politique et la balade difficilement canalisable du vote populaire.

Répétons-le : le parrainage non discriminé est une belle et bonne idée qui renferme un potentiel de perversions et de périls. Imagine-t-on les étincelles que créerait l’élimination – par des arguties formellement valables mais réellement spécieuses – d’un candidat présumé lourd qui a bouclé des séries de tournées financièrement coûteuses, à travers toutes les régions du Sénégal ? Ainsi, ce qu’on n’a pas obtenu par le Code pénal (chantiers de Thiès et fonds politiques), on l’obtiendra sournoisement par une énième révision constitutionnelle et des articles ultimement ajustés. Suivez mon regard… ! Toujours au chapitre des filtres et/ou des obstacles, quelques questions brûlent les lèvres. Si le Président sortant et candidat Abdoulaye Wade avait cyniquement dressé la haie du parrainage pour tous, le vainqueur de la présidentielle de 2012, serait-il issu de l’APR, un Parti né en décembre 2008, sans passé électoral, sans députés, et flanqué d’un seul maire d’envergure nationale, en l’occurrence, Macky Sall ? Est-ce que Maître Wade n’aurait pas éliminé un Macky Sall muni de vingt mille signatures, en actionnant un Conseil constitutionnel dont la composition fut, à tort à raison, rudement critiquée par moult acteurs du « 23 Juin 2011 » dont certains sont, aujourd’hui, des ministres de la République et des chantres de l’extension du parrainage ?

Avant de rationnaliser à la hussarde, imposons, d’abord, le respect d’un minimum de choses qui déparasitent proprement et perfectionnent grandement le système démocratique, mieux que le parrainage total : l’existence certifiée d’un siège digne d’un Parti ; la tenue régulière des congrès ; la participation de chaque Parti à deux ou trois élections, avant de se réfugier douillettement dans une coalition (de type CAP 21 ou sur le modèle de BBY) qui, après la victoire, distribue des fromages sous formes de PCA, d’Ambassades ou de Ministères sans Portefeuilles ; la mise en place d’un mécanisme de contrôle de l’argent des Partis dont les dirigeants peuvent acquérir des financements étrangers très corrosifs pour la souveraineté nationale etc. On traque les biens mal acquis au nom de la Loi, mais on ne s’occupe pas du pognon obscur des Partis. Avec le parrainage (version 2019), le Président Macky Sall et son gouvernement rusent, en demandant aux textes de lois, de prendre en charge des problèmes réels que l’Education et le Civisme – admirez les majuscules – résolvent mieux que les oukases et l’autoritarisme. Saint-Just a dit :« Pour fonder la démocratie, il faut l’aimer ».

Le chapitre relatif au procès de Khalifa Sall doit-il faire l’objet d’une anatomie ou d’une ablation dans le présent Laser, pour emprunter le vocabulaire de la médecine ? Le farouche républicain que je suis, est toujours enclin à observer le mutisme face à toutes les décisions de justice. En revanche, il est loisible au citoyen friand de réflexions, de faire la radioscopie de la descente (judiciaire) aux enfers du Maire de Dakar, en mettant en exergue la toile de fond politique que le juridisme de surface cache mal. Sans exception, les trois devanciers de Macky Sall (les Présidents Senghor, Diouf et Wade) ont habilement caressé la capitale (Dakar) dans le sens du poil. Respectivement originaires de Joal, de Louga et de Kébémer, ils ont bien compris qu’un Rastignac ne brusque pas les Parisiens, mais les cajole et…les enrôle. Par clairvoyance et par stratégie, Léopold Sédar Senghor avait déniché et conforté des points d’appui incarnés par Mapaté Diop (le père du Colonel-Ministre-Maire Mamadou Diop), l’égérie du BDS, Adja Ndoumbé Diop, les familles Diène (Adja Arame et son frère Ahmeth de la Médina) sans oublier son ami, le Grand Sérigne d’alors, Momar Marème Diop. Bref, des Ducs de la société dakaroise et des dinosaures de la politique dans la presqu’ile du Cap-Vert.

Abdou Diouf s’est solidement vissé dans le sillon tracé par son prédécesseur. Il a hérité des piliers socialistes de Dakar, légués par le fondateur de l’UPS-PS, en y greffant des soutiens jeunes et valorisants comme les administrateurs civils Abdoulaye Makhtar Diop et Alioune Diagne Coumba Aïta. Politicien devant l’Eternel, Abdoulaye Wade a secoué brièvement le filon d’or électoral (éphémère et théâtral conflit avec le défunt Grand Sérigne Bassirou Diagne), avant de l’exploiter fond. C’est ainsi que l’ex-socialiste et nouveau chef du Parti SUR, Abdoulaye Makhtar Diop, fut coopté dans un des gouvernements du Président Wade. Toujours manœuvrier, Wade a multiplié, jusqu’à sa défaite, les clins d’œil et les initiatives séductrices (sans rancune), en direction du socialiste Khalifa Sall, le tombeur du Maire libéral, Pape Diop.

« Tout ce que tu peux régler pacifiquement, n’essaie pas de le régler par une guerre ou par un procès » conseillait le prélat et homme d’Etat, Jules Mazarin. En apparaissant comme le fossoyeur de la carrière municipale et de l’ambition présidentielle de Khalifa Sall, le chef de l’Etat a suscité un cocktail de colère, de dépit et de désamour à l’endroit de son régime voire de sa personne. C’est historiquement nouveau dans les rapports entre la métropole qui abrite le Palais et le locataire « étranger » de celui-ci. Un fossé élargi par l’arrestation du Maire de Mermoz et allié dynamique de Khalifa Sall : Barthélémy Dias. D’où l’épais brouillard qui, justement, ne garantit plus que le prochain Maire – probablement pressenti dans les rangs de l’APR – sera d’une extraction dakaroise au-dessus de tout soupçon. En tout cas, l’orientation des manœuvres en cours ne pousse pas le populaire Abdoulaye Diouf Sarr, vers le fauteuil en voie d’être vacant de Khalifa Sall. Il s’y ajoute que Youssou Ndour, un célèbre fils de la Médina, est aux aguets sous sa propre bannière. Et non dans l’écurie APR.

En définitive, le verdict du procès (long emprisonnement, pertes des droits civiques et mécontentement fouetté chez les « khalifistes ») tissera, dans la capitale du Sénégal, un linceul électoral pour le candidat de BBY, en 2019. Déjà, les résultats des législatives et des locales (juillet 2017) ont consacré le syndrome Hama Amadou caractérisé par le score honorable du prisonnier dans une élection organisée par son geôlier. Bien entendu, le scrutin présidentiel n’est pas la lithographie des élections législatives. L’enjeu et les atouts ne sont pas identiques. On dit que le PUMA et le PUDC ont diffusé le bonheur dans les campagnes. Admettons cette réalité du bien-être dans les campagnes, pour ne pas être tendancieux dans l’analyse ! De cette hypothèse de paradis dans la brousse, déduisons que la joie rurale et la colère urbaine s’équilibrent alors et préfigurent un deuxième tour. A condition que la victoire de Macky Sall ne soit pas biométrique, dès le début, en prenant les couleurs pâles du succès de l’Egyptien Abdelfattah Al Sissi : 41% de taux de participation, 97% des voix en faveur du vainqueur quasi-solitaire. Le Caire n’est pas Dakar.

dakaractu

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