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Parrainage : Rationalisation ou élimination d’adversaires ?

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Parrainage : Rationalisation des candidatures ou élimination d’adversaires ?

La décision du pouvoir d’élargir le parrainage aux partis politiques n’en finit pas de susciter des vagues de réprobation et de contestation dans le camp de l’opposition. Si le pouvoir estime que c’est un moyen pour rationnaliser les candidatures, l’opposition, pour sa part, ne l’entend pas de cette oreille et clame à cor et à cri que c’est un prétexte trouvé par le pouvoir pour éliminer des adversaires. Un dialogue de sourds qui reste grosse de lourds dangers.

La volonté du pouvoir d’instaurer le parrainage pour les partis politiques irrite au plus haut point l’opposition qui est décidée à croiser le fer avec le chef de l’État pour qu’il revienne sur sa décision. Pour l’opposition, le parrainage n’est qu’un subterfuge du Président Sall destiné à éliminer des adversaires gênants. Ainsi, depuis que cette question a été agitée, les déclarations incendiaires succèdent aux propos guerriers. Pour Ibrahima Sall, leader du Pur, «le parrainage risque de mettre le pays à feu et à sang». El Hadji Diouf, leader du Ptp émet lui aussi sur la même fréquence : «Si ce régime instaure le parrainage, ce sera un moyen de brûler ce pays. Ce qu’on avait refusé à Abdoulaye Wade, jamais on ne l’acceptera pour Macky Sall», a-t-il averti. Même son de cloche chez Diop Decroix : «S’ils sont prêts à sortir l’armée, la police et la gendarmerie pour massacrer les Sénégalais, nous sommes prêts à aller là-bas et à nous faire massacrer», a-t-il tonné.

Le ton est donc donné, et si l’on se fie à ces différentes sorties de figures de l’opposition, on s’achemine vers des lendemains troubles. Suffisant pour que le ministre de la Justice tente d’apaiser les craintes : «Il faudrait aussi rassurer ceux qui formulent des griefs par rapport au parrainage. Un dispositif sera prévu pour que tous les candidats à la candidature soient représentés pour contrôler les parrainages», a-t-il dit hier face aux députés, non sans ajouter : «Ce ne sera pas le Conseil constitutionnel qui le fera exclusivement. Et deuxièmement, tout candidat disposera d’un droit de recours si sa candidature est rejetée, parce qu’il y a un problème par rapport à ses parrainages».

LE POUVOIR A TOUT SIMPLEMENT DECIDE D’INSTALLER UN CLIMAT DE SUSPICION, DE TENSION PERMANENTE QUI PEUT SEMER A LA CONFUSION CHEZ BEAUCOUP

Au delà des arguments des uns et des autres, il convient aussi de rappeler que le Sénégal n’appartient pas aux seuls politiciens, mais à nous tous. Ils n’ont donc pas le droit de mettre en avant leurs seuls intérêts sournois et inavoués et qui leur sont propres. Ils n’ont pas le droit de mettre en péril ce qui nous est le plus cher : la paix civile et la stabilité politique. Aussi, pour une question aussi sensible, il faut éviter la prise de décisions unilatérales, mais plutôt privilégier la concertation, afin que le consensus prévale dans les grandes décisions à prendre. Rien ne sert de créer des tensions supplémentaires et inutiles à l’approche de cruciales élections présidentielles, en décrétant une période de surenchère où l’on assiste à la montée d’adrénaline de tous côtés.

Si l’opposition se braque, c’est surtout dû aux faits précédents observés lors des dernières législatives. Et comme on a coutume de le dire, «chat échaudé craint l’eau froide». Déjà que les plaies ouvertes pendant les législatives sont encore fraîches, de même que les déboires judiciaires de Khalifa Sall et Karim Wade demeurent en instance, alors qu’ils sont considérés à tort ou à raison comme prétextes pris pour mettre les deux cités hors course, le pouvoir n’a pas droit d’en rajouter avec son système de parrainage.

Certes la pléthore de partis politique au Sénégal, (plus de 250 pour un si petit pays) est une absurdité qu’il faut corriger, mais il faut le faire avec finesse et intelligence. Or en décidant de façon unilatérale d’instaurer ce parrainage, à quelques dix mois de l’élection, avec constat de rupture du dialogue et un manque de confiance qui prévaut dans la classe politique, le pouvoir a tout simplement décidé d’installer un climat de suspicion, de tension permanente qui peut semer à la confusion chez beaucoup.

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