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Rapport Human Rights Watch 2018 : Au-delà de la clameur populaire

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La parution du rapport de Human Rights Watch intitulé : « Ce n’est pas normal » Exploitation sexuelle, harcèlement et abus dans des écoles secondaires au Sénégal a provoqué la colère des acteurs du système éducatif qui ont exprimés leur désaccord sur les conclusions de cette recherche.

Cette réaction du gouvernement et de ses partenaires (syndicats) n’est pas une attitude nouvelle, bien au contraire cette posture a toujours prévalu à chaque fois que les organismes internationaux produisent des rapports portant sur les droits humains dans notre pays.

Le dernier rapport de Human Rights Watch sur la mendicité des enfants titré « Je vois encore des enfants dans la rue » avait aussi à l’époque soulevé l’ire des autorités politiques. Il en est de même pour les rapports d’Amnesty international sur les droits humains et dernièrement sur le rapport du comité des nations unies contre la torture au Sénégal.

Cette posture défensive que nous avons face à ces recherches réalisées dans notre pays pose problème. En effet, il faut rappeler que ces rapports sont le fruit souvent de processus participatif dans lequel aussi bien les services publics, les organisations de la société civile et les leaders communautaires participent pleinement. Bien qu’étant produit par les organisations comme HRW, les informations sont collectées, traitées avec la collaboration des parties prenantes sus énumérées.

Notre propos n’est point de légitimer les informations contenues dans ces rapports mais plutôt de jeter un regard lucide et froid sur les questions soulevées dans ces recherches.

Le premier enseignement que nous pouvons tirer de la réalisation de ces études, c’est qu’elles portent sur des sujets sociaux qui ne font toujours pas la Une de nos journaux.

La publication de ces résultats est souvent suivie de moments d’échanges sur des phénomènes sociaux qui interpellent notre société au premier plan.

A ce titre nous devons nous réjouir que le discours public porte sur ces questions d’existences plutôt que sur des injures ou autres attaques personnelles que notre classe politique nous impose au quotidien. Nos hommes politiques esquivent ce genre de débats et ne s’y prononce qu’en cas d’une possible récupération.

La deuxième leçon à retenir de cette situation est surement l’impérieuse nécessité de revoir le positionnement de notre gouvernement sur la question des droits de l’homme. Notre pays est attaché aux valeurs qui fondent les droits humains et ceci est vécu par tous les citoyens malgré les manquements que nous pouvons souvent ressentir par rapport à l’exercice de ces droits. Seulement, l’absence de lignes directrices, de vision ou même de politique claire sur les droits humains constitue un goulot d’étranglement qui nous confine dans une position de faiblesse vis-à-vis des critiques faites par les organisations des droits de l’homme.

Pour renverser la tendance, il faudra apporter les corrections nécessaires. Comme il en existe dans les autres secteurs : éducation, santé, assainissement, protection sociale, il nous faut mettre sur pieds une stratégie nationale ou politique nationale sur les droits de l’homme dans notre pays. Nous devons à la lumière des menaces et autres conjectures, affirmer notre option sur les questions relatives aux droits humains particulièrement sur certains sujets. Le gouvernement devra fixer un cap et une vision claire sur ce que nous pensons sur tous ces sujets « sensibles » que les pays puissants et les sociétés occidentales cherchent à nous imposer. Sans une option claire, nous serons toujours évalués sur la base de référentiels qui ne nous lient pas forcément mais surtout nous continuerons à nous indigner à chaque fois qu’un rapport sur une question de société sera produit.

Tout compte fait, il nous faut refuser de fuir les débats sur les questions qui nous agressent au quotidien, préoccupent notre existence. Notre génération ne doit pas faillir à sa mission, celle d’œuvrer pour la construction d’une nation sénégalaise forte qui fera face à toutes sortes de menaces.

Ce combat pour la sauvegarde de notre patrimoine sociale et culturelle passera forcément par l’apport de notre part dans la construction de ce monde dans un contexte marqué par le rendez-vous du donner et recevoir.

Pour finir, j’emprunterais la formule des entraineurs de football qui disent souvent que le meilleur moyen de se défendre c’est d’attaquer, alors chers gouvernants reprenons la main pour garder la balle et attaquer !

Mouhamadou SOW

Citoyen sénégalais

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